La présentation de Jean-Marc

Une entrevue très étoffée de Eugène Étienne Taché avec des renseignements pertinents pour nous permettre d'aller plus loin. On attend peut-être une biographie pour 2016 et cela aiderait à faire en sorte que nous nous souviendrons de Eugène Étienne Taché.

 

CULTIVER LE "JE ME SOUVIENS"

ÉPILOGUE À LA CAUSERIE  PRÉSENTÉE  AU PETIT DÉJEUNER DU 07 MARS 2013

EUGÈNE-ETIENNE TACHÉ SERAIT BIEN HEUREUX DE GUIDER LES QUÉBÉCOIS DEVANT LE PANTHÉON DES PERSONNAGES DE L'HISTOIRE QUI SE TIENNENT DANS LES NICHES ET PIÉDESTAUX DE LA FAÇADE DU PARLEMENT AINSI QUE DANS  LES JARDINS QUI L'ENTOURENT, DONT QUATRE  FEMMES DU XXSIÈCLE. 

CETTE VISITE POURRAIT ALIMENTER LES RÉFLEXIONS DE MADAME MALAVOY

ET DES PROTAGONISTES DANS L'ÉLABORATION D'UN PROGRAMME D'HISTOIRE DU QUÉBEC.

POUR NOURRIR VOTRE RÉFLEXION, JE ME PERMETS DE VOUS DIRIGER VERS L'ARTICLE : 

UNE ACTION LÉGITIME, NÉCESSAIRE ET URGENTE SIGNÉ DANS LE DEVOIR DU 09 MARS 2013 PAR ERIC BÉDARD ET ALII.

JEAN-MARC LOISELLE


 
 

Rectifications sur la portée du « Je me souviens »

Après conversation avec messieurs André JOLIN et Jean-Marie LEBEL, je vous fais part des résultats de la recherche à propos d’une relation indûment restreinte entre le Je me souviens (1884) et un collage fait à partir d’une inscription de 1908.

Voici les données nécessaires à la compréhension du problème :

Quand Eugène-Étienne TACHÉ prépare au début des années 1880 les dessins de la façade du Parlement à construire, il prévoit la mise en place des armoiries de la province de Québec au-dessus de la porte d’entrée centrale.

En 1883, il ajoute sur les plans les armoiries approuvées à l’occasion de la Confédération (1867) et, sur un listel, les trois mots : Je me souviens.

Ces plans seront annexés au contrat signé le 10 février 1884 entre l’entrepreneur général et le département des travaux publics.

La devise apparaîtra en 1886 à la fin des travaux de construction.

La litige qui se pose est celui des liens présumés entre la devise et un bout de phrase parlant de lys et de roses.

Voyons comment.

En 1907, soit environ 25 ans plus tard, TACHÉ dessine la médaille commémorative du 3e centenaire de la fondation de Québec. Sur cette médaille distribuée en 1908, il a fait inscrire la phrase suivante :

« Dieu aydant, l’œuvre de Champlain née sous les lys a grandi sous les roses. »

Et maintenant, la question qui tue !

Comment se fait-il qu’à un moment donné les deux phrases se soient retrouvées « aboutées » l’une à l’autre ?

La confusion va s’insinuer entre les deux bien avant mais surtout après l’apparition en 1978 du Je me souviens sur les plaques d’immatriculation du Québec !

Pour en avoir le cœur net, je vous réfère aux recherches de l’historien Gaston DESCHÊNES qui a consacré moult ouvrages et articles sur le Parlement de Québec.

Monsieur DESCHÊNES a dépisté de long en large les affirmations et les croyances de même que les opinions et avis, sur les prétendus liens entre la devise des années 1880 et une partie de l’inscription de la médaille de 1908.

Au plus court, allez sur Google et tapez la devise, puis le nom de l’historien cité. Vous devriez être confirmé dans la signification que la devise Je me souviens se tient seule par elle-même, sans avoir besoin d’un complément indirect ou circonstanciel ! 

De plus, comme je le dis aux visiteurs, la devise est au temps présent et elle est personnalisée par le Je (l’individuel) et non par un vague nous (le collectif).

En tenant compte de ce que j’ai appris de TACHÉ en lisant dans ses agenda les rares réflexions et sentiments qu’il y consignait et aussi des innombrables événements dont il fut témoin en 51 ans de carrière, je peux affirmer qu’il n’était pas enclin à se laisser embrigader dans des mouvements ou groupes, si respectables soient-ils.

Enfin, quand TACHÉ fait accepter que la devise qu’il a conçue soit placée au-dessus de la porte centrale du Parlement, il nous renvoie à l’histoire des personnages dont il fait et fera placer les sculptures : 10 au début, 22 maintenant ; et cela, sans compter les autres statues et monuments ornant aujourd’hui les jardins autour de l’édifice le plus visité de Québec et les toutes nouvelles sculptures illustrant quatre femmes. 

Aux données de base précédentes, j’ajoute les observations suivantes :

1. Sur les armoiries du Québec, il y a des lis, mais pas de roses : plutôt trois feuilles d’érable.

2. Constant dans sa pensée et dans son action, TACHÉ fera placer les armoiries soulignées par la devise :

·       à l’entrée du palais de justice (1887) situé angle rue Saint-Louis et du Trésor ; là aussi l’architecte renvoie le passant à deux dates : 1534 et 1608 et aux devises et armoiries françaises, anglaises, écossaises et irlandaises, qu’elles soient en latin, français ou gaélique ; et

·   sur le piédestal du monument Champlain (1898), juste en dessous de la sculpture.

3. Quant à une sculpture par Raoul HUNTER honorant Champlain, elle ne fera partie qu’en 1967 du panthéon de la façade du l’hôtel du gouvernement.

 

En conclusions et compléments

a) Ce serait donc restreindre la vision de TACHÉ que de limiter la portée du Je me souviens au seul fait de l’œuvre de Champlain née au temps de l’administration française (les lis) et qui a grandi durant l’administration britannique (les roses).

b) TACHÉ voyait grand en tant que connaisseur de l’histoire et il voyait beau en tant qu’artiste et architecte.

La devise qu’il a conçue a une portée illimitée dans le temps passé, présent et à venir et quasi illimitée dans l’espace géographique. En effet, comme responsable permanent à titre de sous-commissaire du département des Terres de la Couronne de 1867 à 1912, TACHÉ fera cartographier les régions de part et d’autre du Saint-Laurent qui jusqu’alors constituaient la principale partie habitée de la province de Québec.

c) Encore, la Commission des monuments historiques (fin des années 1920) fera fondre des bronzes qui seront placés ici et là comme marqueurs de mémoire. Ces indicateurs reprennent les armoiries et le Je me souviens ; il en reste quelques-uns que l’usure du temps, la négligence ou le vandalisme n’ont pas emportés. Ainsi, il s’en trouve avenue Royale sur la côte de Beaupré et un autre bien conservé, à Montmagny, à l’entrée des jardins de la Maison Etienne-Paschal TACHÉ, père de notre homme.

d) Par la suite, la symbolique commémorative amorcée par Eugène-Etienne TACHÉ trouvera des imitateurs au début des années 1930 quand seront tirés les plans du Musée de la province devenu le Musée national des beaux-arts du Québec ; sur la façade et les côtés apparaissent des hauts-reliefs reprenant les personnages et les événements qui ont, jusque là, marqué l’histoire.

e) J’attire enfin l’attention sur la décision prise en 2010 par le Service des épigraphes de la ville de Québec de faire apposer en 2014 une plaque au 52, rue Sainte-Ursule où vécurent TACHÉ et sa famille pendant au delà de trente ans et où il décéda il y a cent ans, en 1912. La symbolique identitaire imaginée par Eugène-Etienne va se retrouver au cimetière paroissial de Sainte-Catherine-de-Fossambault où il a été inhumé.

f) Ayant désormais à l’esprit ces résultats de la recherche, je peux dire que je me souviens correctement de la devise qu’Eugène-Étienne TACHÉ a léguée au Québec. Longue vie à sa mémoire !

 

Jean-Marc LOISELLE, recherchiste en histoire et guide depuis 1992.

Vous communiquez commentaires et remarques à l’auteur, au moyen du seul courriel suivant :

quebecity.tourguide@hotmail.ca


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