Le Chemin de Compostelle

 

texte par Jean-Claude Bélanger

avec les commentaires de Martin

C'était quoi, c'est devenu quoi aujourd'hui

Qui n'a pas entendu parler aujourd'hui du Chemin de Compostelle ? À l'étranger, c'est surtout le livre de Paulo Coelho Le Pèlerin de Compostelle qui a motivé bien des gens de partout dans le monde à faire le Chemin.

Au Québec, le reportage de Marcel Leboeuf, de nombreux articles dans les journaux et revues, des agences de voyage qui proposent des circuits, des artistes qui font le Chemin pour des causes caritatives, des personnes de notre entourage qui ont fait l'expérience, etc. ont suscité de l'intérêt pour entreprendre ce « pèlerinage ». Le Chemin de Compostelle est devenu une destination connue et à la mode.

À l'origine le Chemin de Compostelle était pèlerinage catholique vers la cathédrale de  Saint-Jacques­-de-Compostelle en Espagne où se trouverait le tombeau de l'apôtre Saint Jacques. À cette époque, pour faire le Chemin de Compostelle, le pèlerin partait de son domicile, suivait les meilleurs trajets jusqu'à St-Jacques-de-Compostelle en Espagne. C'était l'un des trois grands pèlerinages catholiques ou chrétiens avec celui de Rome et de Jérusalem. On faisait ces pèlerinages pour demander des faveurs, expier ses fautes ou encore remercier pour des guérisons ou autres faveurs obtenues.

Aujourd'hui, le Chemin n'est plus vraiment un pèlerinage au sens religieux du terme. Sur les 250 000 personnes qui ont fait le Chemin en 2010, moins de 30 % l'ont fait pour des motifs religieux, mais le Chemin demeure  pour la plupart une activité de réflexion ou de ressourcement. Pour les autres, c'est un moyen de faire du tourisme, une expérience humaine de rencontres, un défi à relever ou simplement une activité sportive à pied, à vélo ou à cheval.

Mais peu importe les motivations initiales pour faire le Chemin, tous reviennent un peu changés et marqués après une marche de 20, 30 ou même 50 jours sur des centaines de kilomètres sur un chemin emprunté par des millions de personnes depuis des siècles. C'est un chemin mythique qui laisse ses traces en mémoire. 

En 1987, les Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle ont été déclarés Premier Itinéraire Culturel de l'Europe par le Conseil de l'Europe reconnaissant ainsi le rôle culturel et économique du Chemin de Compostelle. Pour certains petits villages en France et en Espagne, l'affluence annuelle de pèlerins devient leur activité économique principale.

Les Chemins de Compostelle

De nos jours, on reconnaît quatre itinéraires principaux qui mènent vers St-Jacques : la voie de Tour, celle de Puy-en-Velay, celle de Vezelay et celle d'Arles. Tous ces chemins se réunissent en un seul à Puenta La Reina en Espagne et qui se poursuit jusqu'à St-Jacques-de-Compostelle – Santiago. La longueur de ces différents chemins se situe entre 1400 et 1600 km. Par contre, couramment on appelle Chemin de Compostelle, la route qui débute à St-Jean-Pied-de-Port en France au pied des Pyrénées et qui se termine à St-Jacques : une distance de 876 km presque complétement en Espagne, c'est le Camino Frances.

Mes Chemins de Compostelle

Plusieurs personnes préfèrent faire le Chemin de Compostelle seule parce ce qu'elles ont peur de se priver de contacts avec d'autres personnes et souhaitent avoir tout leur temps pour leur cheminement personnel. Tel n'est pas mon cas. J'ai fait le Chemin une première fois avec ma conjointe Micheline et une seconde fois avec mon fils Martin. Depuis des années je voyage avec ma conjointe alors ce voyage n'était pas vraiment différent pour nous. On se connaît bien et la complicité est toujours présente. Par contre, le voyage avec mon fils de 40 ans laissait beaucoup d'interrogation sur son déroulement. Il y a quand même une génération qui nous sépare et nos modes de vie sont très différents sans parler des caractères qui se manifestent souvent en voyage ou lorsque des difficultés se présentent.

Avril 2008 - Le Chemin de Compostelle avec ma conjointe

Depuis quelques années Micheline et moi pensions faire le Chemin de Compostelle. Nous n'avons rien du pèlerin au sens religieux du terme, mais nous avions le goût d'expérimenter une nouvelle façon de voyager et d'être en contact avec les gens et la nature. Après avoir assisté à des conférences, fait des rencontres avec des amis et lu sur le sujet, le départ est fixé en avril 2008. À l'hiver à travers les randonnées de ski de fond, on fait de l'entraînement à la marche avec sac à dos. D'abord de courtes sorties de 6 à 10 km une ou deux fois par semaine pour ensuite faire des sorties semblables aux journées sur le Chemin, soit entre 20 et 25 km. Nous sommes partis le 20 avril sur la voie de Puy-en-Velay. On a marché plus de 1000 km sur cette voie. Nous avons fait toute la partie française de Puy-en-Velay jusqu'à St-Jean-Pied-de Port, traversé les Pyrénées et ensuite fait les 100 derniers kilomètres avant St-Jacques-de-Compostelle afin d'obtenir la Compostella qui atteste que vous avez fait le Chemin de Compostelle. Cette Compostella est bien recherchée par les jeunes Espagnols car les employeurs en  Espagne la prennent en compte dans l'évaluation des  CV. Elle démontrerait chez le futur employé des qualités de: ténacité, tolérance, ouverture d'esprit et engagement. C'est pourquoi il y a tant de jeunes espagnols dans la dernière partie du Chemin. Faire le Chemin n'est pas un exploit sportif car la marche, c'est naturel et exige peu de techniques. Mais marcher avec un sac à dos pendant près de 50 jours consécutifs à raison de 20 à 25 km par jour par tous les temps et coucher dans des dortoirs bondés et souvent un peu inconfortables, exige une certaine persévérance et beaucoup de tolérance envers les autres. Le Chemin permet de connaître ses limites physiques : par exemple, à partir de quelle distance dans une journée commence-t-on à avoir mal partout ou encore combien de temps peut-on marcher sous le soleil et 40 degrés C ? Le Chemin permet également de mieux connaître notre niveau de tolérance à vivre en promiscuité ou dans des conditions d'hygiène différentes des nôtres. Surprenant comme nos ressources sont plus grandes que l'on pense.

Ce que l'on retient du Chemin, ce sont surtout les rencontres avec les gens de différents pays du monde qui ont un but semblable au vôtre. Une journée, on partage la route avec un autre pèlerin pendant quelques heures, on se retrouve au refuge, on mange ensemble le soir et on se perd de vue pendant quelques jours. Plus tard, on retrouve ce pèlerin sur le Chemin et c'est la grande joie comme si c'était un grand ami. On est loin ici d'un ami Facebook, la personne est bien réelle et la complicité bien présente. 

Faire le Chemin avec Micheline fut facile et agréable. D'abord nous n'avons eu aucun problème de santé sauf quelques ampoules aux pieds. Chacun a respecté le rythme de marche de l'autre. On se retrouvait pour les pauses, s'entraidait pour  les problèmes techniques et se soutenait dans les moments moins faciles. On était ensemble sur le Chemin mais chacun avec son espace de vie si nécessaire sur le Chemin. Micheline considère ce voyage comme le plus beau et le plus enrichissant qu'elle a vécu.

Avril 2011 - Le Chemin de Compostelle avec mon fils

Un jour, en visionnant avec Martin – mon fils – les photos de notre voyage sur le Chemin de Compostelle, il dit : « Que j'aimerais faire ce Chemin pour relaxer, me sortir du quotidien, faire de la photo ».

Cependant, pour un informaticien dans une petite compagnie privée qui développe du logiciel, ce n'est pas facile d'avoir un mois de vacances. Et pour les aspects financiers disons que Martin est plutôt au jour le jour. En décembre 2009, je propose à Martin comme cadeau de Noël de faire le Chemin de Compostelle avec lui. Je m'occupe des aspects logistiques et financiers et lui, doit s'occuper d'obtenir des vacances et s'occuper de sa santé. Faire le Chemin n'est pas un sport extrême à risque mais Martin est plutôt sédentaire. Il a 40 ans, un bon surplus de poids et des antécédents familiaux pour de futurs problèmes cardiaques. Il doit s'assurer qu'il pourra faire cet exercice sans risques, s'entraîner et s'informer pour faire le Chemin dans de bonnes conditions. C'est ce qu'il fera avec sérieux au cours de l'année 2010.

« Prendre le temps de me préparer pour Compostelle m'a demandé des efforts pour changer mes habitudes de vie. C'est certain qu'il y avait des choix à faire. Est-ce que je vais au cinéma ou est-ce que je vais marcher deux heures ? Est-ce que je vais jouer à D&D ou est-ce que je fais une longue marche ? Est-ce que je dors 2 heures de plus ou est-ce que je vais marcher avec mon père ? Des fois, des compromis étaient possibles.  Marcher pour se rendre au cinéma ou chez un copain à 15km du métro... Cette préparation a été profitable de deux façons : pour la forme physique et pour l'acclimatation aux équipements. »

Le voyage est reporté une première et finalement, nous partons en avril 2011 pour marcher 22 jours sur le Camino frances. Le voyage avec Martin fut assez différent de celui fait avec Micheline. Par exemple, Martin n'a jamais décroché de la technologie sur le Chemin. Tous les jours il alimentait un blog sur internet pour informer ses amis sur les réseaux sociaux de ses activités. Le Chemin n'a pas été pour lui un moment de réflexion ou de remise en question, mais plutôt une vacance avec son père, une occasion de faire de l'activité physique et de la photo. 

« Le voyage de St-Jacques a été comme mettre la folie de la vie quotidienne à pause pour prendre le temps de respirer. C'est vraiment plusieurs semaine ou le rythme de la vie change. C'est dur physiquement, mais le corps s'habitue et se fatigue physiquement plutôt que mentalement. Du coup, je dormais bien, même si nous étions parfois quelques dizaines de personnes dans les dortoirs. »

Ce fut aussi pour lui, une occasion de se dépasser pour la communication « en direct » avec les autres personnes.

« Pendant la marche on rencontre plein de monde qu'on aurait jamais rencontré autrement. Je suis quelqu'un qui n'a pas de facilité à initier des conversations avec des inconnus. Je suis mal à l'aise et gêné. J'avais donc peur de ces rencontres dont tout le monde parlait. Qu'est-ce que je vais dire ? Est-ce que je vais devoir parler à tout le monde tout le temps ? Vais-je avoir du temps pour moi ? Finalement, c'était facile. On avait tous au moins un point en commun : la marche.  Le reste venait tout seul. De plus, les gens sont généralement respectueux des autres. J'étais donc capable d'avoir du temps pour moi, d'avoir du temps pour penser. Dans mon cas, ça me donnait aussi du temps avec mon père. »

Je fus agréablement surpris des capacités physiques de Martin malgré son poids. Je fus surpris aussi de la facilité qu'il a eu de bien s'adapter à toutes les conditions de vie sur le Chemin pour quelqu'un qui n'a presque pas voyagé et qui aime la vie dans la grande ville. J'ai bien aimé partager avec Martin sa vision des choses, profiter de ses grandes connaissances générales et technologiques.

« Voyager avec mon père fut facile. C'est certain que nous nous ressemblons sur plusieurs points, il y a eu des moments où j'ai dû le laisser faire à sa tête comme à  d'autres moments, il a dû me laisser faire à ma tête... (nous sommes un peu « têtus » tous les deux...) mais il n'y a pas eu d'accroc. Nous avons eu une bonne entente tout au long du Chemin. Mon père est très social. Il « jase » tout le temps avec tout le monde. Les personnes que j'ai rencontrées, ce fut la plupart du temps par son entremise. De plus comme il avait déjà fait une partie du Chemin il me donnait plein de conseils judicieux que je suivais (généralement). On a jasé un peu aussi. Pas beaucoup. Je ne suis pas un grand confident. Je garde beaucoup mes trucs pour moi, mais il y a eu des échanges intéressants sur plusieurs points. On avait le temps de parler sans que la vie nous interrompe.. »

De son côté, je pense qu'il gardera un très bon souvenir de cette expérience. J'espère aussi que ce voyage lui donnera le goût de se dépasser dans une activité physique et surtout, de prendre du temps pour s'occuper des diverses facette pour une belle qualité vie.

« Je marche encore un peu. Moins que lors de la préparation mais j'essaie à chaque semaine de faire un 10-12km. Je rêve maintenant de partir avec mon sac et marcher. J'essaie de calculer quand et comment je pourrais avoir de nouveau six semaines consécutives de vacances. Je mets de l'argent de côté en prévision d'une nouvelle marche. Est-ce que je ferais Compostelle encore ?  Oui et non. J'ai adoré et je le referais, mais d'un autre côté, il y a tellement de chose à voir dans le monde... »

Si le retour de la marche de Compostelle se fait généralement en douceur pour une personne retraitée, c'est parfois un plus difficile pour les personnes au travail.

« Le retour a été difficile. Retomber dans une routine avec des horaires et des obligations. S'occuper de ce que la vie a laissé dans notre boite aux lettres et sur notre bureau, c'est demandant quand on revient de 5 semaines pendant lesquelles on ne fait que manger, dormir et marcher... Si c'était à refaire, je me garderais une semaine complète de congé au retour à la maison. Une semaine où je pourrais graduellement revenir dans la vie normale. Le faire d'un coup, ça donne tout un choc. »  

En conclusion

Ce fut un grand privilège de faire ces deux Chemins en santé, sans problèmes avec des gens que j'aime. Tous les jours j'y pense encore. Des images de personnes rencontrées sur le Chemin et de paysages me reviennent fréquemment à l'esprit. En tout cas, le Chemin de Compostelle, c'est un beau projet et je vous le souhaite.  

Pour ceux et celles que l'expérience peut intéresser, sachez qu'il y a toutes sortes de formules pour faire le Chemin de Compostelle et certaines dans des conditions plus faciles. Par exemple, on peut loger ailleurs que dans les refuges ou encore faire transporter son sac à dos. Cependant, il est toujours important de bien se préparer. À Québec, l'Association de Québec à Compostelle www.duquebecacompostelle.org est une ressource intéressante et  incontournable pour quiconque veut faire le Chemin.  Sachez aussi que l'âge n'a pas vraiment d'importance si l'on est capable de marcher assez longtemps sans trop d'inconfort.

Note: Vous pouvez visionner quelques images en cliquant sur ce lien

https://picasaweb.google.com/117021500938006633653/Compostelle20072011? authuser=0&authkey=Gv1sRgCKywo5yc7cqazwE&feat=directlink

Blog de Martin :

http://tracesailleurs.blogspot.com/search?updated-max=2011-05-19T10:16:00­04:00&max-results=7&m=1 


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